06 février 2007

David Lynch n’a plus rien à prouver

Œuvre testamentaire, INLAND EMPIRE se mérite. Il faut garder les yeux ouverts, s’y laisser happer ou mourir. Rien ne sert d’y traquer un sens, vous y risqueriez l’attaque cérébrale. Réservé aux fanatiques du Maître de l’irrationnel, à condition d’avoir des notions de méditation transcendantale.

Score 15 février 2007

David Lynch à propos de Inland Empire, du cinéma et de Los Angeles (en français)

05 février 2007

Que veut dire le titre, INLAND EMPIRE ?

L’Empire Intérieur désigne un ensemble de communes en Californie : San Bernardino, Ontario et Riverside. Elles ont été ainsi baptisées en 1950, pour les distinguer de la commune de Los Angeles. Depuis, cette zone banlieusarde, éloignée du littoral, n’a cessé de croitre. En apprenant que le mari de Laura Dern, Ben Harper, est originaire de cet endroit, David Lynch a vu s’allumer une petite lumière : « C’est le titre du film !». Plus tard, dans la maison de son enfance, il a retrouvé un carnet de dessins dans lequel il avait crayonné une vue aérienne de la ville de Spokane, sous laquelle il avait écrit : « Inland Empire » (en minuscules). Il en a déduit qu’il était « sur le bon chemin ».
Le
Nouvel Observateur, Jeudi 1er février

Comment le scénario de INLAND EMPIRE a-t-il été écrit ?

Au jour le jour. Le tournage a commencé en vidéo, et le cinéaste a inventé des scènes au fur et à mesure, « sans savoir où j’allais aboutir ». C’était risqué, dit-il, mais comme tout est unité, les idées, même les plus dissemblables, allaient se mettre en relation les unes avec les autres. « D’autant plus que je travaillais avec une société formidable, Canal +, qui avait confiance en moi, et m’a laissé me frayer mon chemin. »
Le
Nouvel Observateur, Jeudi 1er février

Quel est l’avenir du cinéma, selon David Lynch ?

La pellicule est morte, les camera 35mm sont « des dinosaures ». Lynch utilise une Sony PD-150, et refuse la haute définition. Il retrouve dans ces images mal définies « la qualité des films des années 1930, car les émulsions n’étaient pas très bonnes ». la HD ne laisse aucune place à l’imagination, tout est « trop clair ». L’avenir du cinéma, c’est le iPod et les vidéos on line : les gens verront les films sur un écran minuscule, avec des écouteurs.
Le
Nouvel Observateur, Jeudi 1er février

Le délirant voyage de Laura Dern

« Le premier jour de tournage David m’a dit : « je veux retrouver l’ambiance de Eraserhead. Je veux faire un film expérimental. » Je me suis inspirée de l’héroïne de Répulsion de Roman Polanski. Elle est de la même famille que Nikki. Nikki est un miroir brisé qui ne le sait pas encore. Son voyage intérieur m’a bouleversée. »

« Lorsque David m’a proposé mon rôle, il ne me l’a pas donné de scénario, seulement un indice sur l’histoire : un mariage qui bat de l’aile…Un thème qui le taraudait, semble-t-il. Chaque film est un voyage pour un acteur, mais en général, vous partez avec une carte ! Là, je n’avais ni carte, ni torche ! Mon seul matériel était le monologue de 14 pages où Nikki laisse éclater sa fureur. Le tournage s’est déroulé sur trois ans, de façon sporadique. David m’appelait et me disait : « Laura, on tourne demain tu auras la scène ce soir » C’était exaltant. C’était une libération. Et je mourrais de peur. »

Madame Figaro, 3 février

29 janvier 2007

David Lynch en kit

Des héroïnes troubles

Depuis Alfred Hitchcock, on n’a jamais vu un cinéaste aussi fasciné que Lynch par la psyché féminine. Qu’il n’a de cesse de démultiplier, du gynécée adolescent de TWIN PEAKS aux héroïnes de LOST HIGHWAY et MULHOLLAND DRIVE, qu’il fait blondes puis brunes pour montrer leurs faces lumineuses et obscures.


Des monstres

Depuis ERASERHEAD et ELEPHANT MAN, on sait que Lynch est obsédé par les freaks. Ils lui permettent de redéfinir la notion de monstruosité, pour en faire l’apanage des êtres soi-disant normaux. Les films de ce réalisateur ne racontent-ils pas tous comment le mal finit toujours par pervertir l’innocence ?


Des anges

S’ils triturent tous la notion de Bien et de Mal, les films de David Lynch croient-ils en Dieu ? Des apparitions célestes auréolées de lumière peuvent laisser penser que oui : une fée dans SAILOR ET LULA, mais surtout un ange béatifiant Laura Palmer à la toute fin de TWIN PEAKS, FIRE WALKS WITH ME.


Des mondes parallèles

Plusieurs mondes habitent les films de Lynch. Dès que l’on passe une porte, on entre dans un ailleurs, fonctionnant selon ses propres règles : la banlieue de BLUE VELVET, l’hôtel de LOST HIGHWAY, la galaxie de DUNE ou le club Silencio de MULHOLLAND DRIVE sont tous des passages vers d’autres dimensions.


Des éclats de violence

Sans la violence, les films de Lynch ne seraient que d’inquiétants contes de fées. Des fulgurances gore les rapprochent de la réalité des spectateurs. Même dans un long plus « normal » comme UNE HISTOIRE VRAIE, Lynch n’oublie jamais ce lien viscéral avec son public (cf. la scène d’accident avec le cerf).

Mad Movies. Janvier 2007

David Lynch s’expose à la Fondation Cartier

Double actualité autour du cinéaste début 2007. En février sortira le très attendu Inland Empire dans les salles françaises. Tout aussi excitant, début mars, une exposition chapeautée par le créateur de Blue Velvet et Mulholland Drive sera proposée à la Fondation Cartier à Paris. Elle occupera l’intégralité du bâtiment et durera jusqu’au mois de mai.

Les Inrockuptibles. 26 septembre 2006.

Inland Empire

Inland Empire, un quartier de Los Angeles proche du désert californien… L’actice Nikki Grace (Laura Dern) s’apprête à tourner le remake de 47, un film qui n’a jamais pu être achevé à cause d’une malédiction. Réalisée en DV et sans script préétabli, le nouveau Lynch s’annonce comme une véritable expérience sensorielle et cinématographique, à la croisée de Eraserhead et Mulholland Drive. Vertigineux, d’office.

Cine Live. Janvier 2006.

Un OVNI

L’univers lynchien a toujours dépassé les limites de l’intelligible mais là, il se surpasse. Ce HUIT ET DEMI déjanté est une virée de trois heures, parasitée par les grains de la DV, qui se focalise sur une actrice avant de chavirer dans un melting-pot ahurissant de rêves et de réalité, peuplés de bonzes grimés en lapins. Impossible d’analyser cet ovni, mieux vaut s’y hasarder, au risque de s’y perdre.

Score. Décembre 2006.

BANDE ANNONCE